DELAPORTE Chloé, « Récompenser pour encapaciter ? Le cas des prix cinématographiques genrés », colloque du RT14 et du RT11 de l’Association Française de Sociologie, Contours du travail et frontières des groupes professionnels dans les arts et la culture, Paris (France), 20-21 octobre 2022
Les prix culturels remplissent une fonction normative de distinction des biens symboliques et des professionnel·le·s qui les fabriquent et jouent un plus vaste rôle de structuration des champs culturels, en contrôlant dans une forme de gatekeeping l’accès de certains biens au marché, en définissant les normes artistiques et règles du champ, en agissant sur les trajectoires professionnelles de certain·e·s artistes. Ils octroient aux lauréat·e·s une place d’honneur, pouvant dès lors être mobilisés comme un levier d’encapacitation, notamment de la part des artistes femmes. Pendant très longtemps et à quelques exceptions marginales près, les seuls prix « genrés » dans le champ du cinéma étaient les prix d’interprétation, qui fonctionnent généralement par paire : prix d’interprétation féminine, prix d’interprétation masculine. Or, on voit se développer depuis une dizaine d’années des dispositifs voués à valoriser uniquement des cinéastes et artistes femmes. Certains, initiés par des marques, relèvent d’un purplewashing à peine dissimulé, mais d’autres sont mis en œuvre avec des objectifs plus militants par des professionnelles du champ. Cette communication a pour objectif d’interroger ce potentiel d’encapacitation des prix genrés à l’aune de leurs fonctionnements effectifs et des discours d’escorte qui les accompagnent, afin de réfléchir à la façon dont, au sein du champ du cinéma, les prix genrés prétendent contribuer à lutter contre la domination masculine et les inégalités professionnelles homme/femme sans remettre en cause les autres formes de domination, voire en les reproduisant.