Cinéman, ou les archives à l’épreuve du found footage contemporain

DELAPORTE Chloé, « Cinéman, ou les archives à l’épreuve du found footage contemporain », congrès 2012 de l’AFECCAV, Des sources aux réseaux : tout est archive ?, Université Paris Est Marne-La-Vallée, 9-11 juillet 2012
Couv Congrès 2012 AFECCAV

Le found footage pose assurément la question du statut des archives audiovisuelles, en cela que leur mobilisation, leur traitement et les modalités de leur remploi se placent comme des activités esthétiques au moins autant que discursives. Si la pratique du found footage est historiquement associée à un cinéma d’avant-garde, expérimental, elle trouve de plus en plus sa place dans des formes plus commerciales et populaires. Nous proposons de nous intéresser à une œuvre singulière, empruntée à la cinématographie française contemporaine : Cinéman, un long métrage de fiction réalisé par Yann Moix en 2009. Le protagoniste, incarné par Frank Dubosc, y acquiert incongrument le pouvoir de voyager à travers l’histoire du cinéma, investissant les diégèses de films plus ou moins connus. L’œuvre se présente comme hautement transtextuelle et entretient de nombreuses relations avec d’autres objets audiovisuels. L’une des relations transtextuelles privilégiées par Cinéman est celle de la citation : Yann Moix insère un nombre conséquent d’extraits visuels, sonores et audiovisuels dans son film, dont la plupart n’est pas censée être identifiée par le spectateur. Une étude approfondie de l’œuvre nous a permis d’identifier précisément chacune de ces citations, soit de référencer les archives mobilisées par le réalisateur dans son film. L’analyse montre que les archives sont empruntées à des fonds, corpus et bases de données extrêmement variés. On trouve, pêle-mêle, des plans de La peine du Talion de Segundo de Chomon appartenant au catalogue Pathé, des images d’archives de Neil Armstrong sur la Lune issues du catalogue BBC Motion Gallery ou encore des images provenant de bases de données Internet d’images de toutes natures (type Lobster, Getty Images, etc.). Nous proposons dans cette communication de renseigner précisément ce réseau intertextuel citationnel en posant la question du statut des archives mobilisées. En effet, toutes ne sont pas traitées de la même manière par Moix dans Cinéman. Certaines sont annoncées comme telles, d’autres sont titrées, la plupart est confidentielle et certaines sont même présentées au spectateur avec des informations erronées – on annonce dans la diégèse « un film de 1910 » et on insère en réalité des plans extraits de Creation, un film réalisé par Willis O’Brien en 1930. Quel est, alors, la place de l’archive dans l’œuvre ? Le traitement particulier infligé à certaines invite-t-il à redéfinir le statut de l’archive, notamment en raison de son origine ? Si la pratique créative associe le catalogue Pathé aux bases de données Internet, la pratique universitaire peut-elle (doit-elle) faire de même ?