Corps sexués, plaisirs genrés

DELAPORTE Chloé, « Corps sexués, plaisirs genrés. Les normes de genre dans la série Masters of Sex », 21ème Congrès de la SERCIA Masculin/Féminin : la question du genre dans le cinéma et les séries anglophones, Arras, 3-5 septembre 2015
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Produite par Showtime, créée par Michelle Ashford et diffusée depuis septembre 2013, la série télévisuelle américaine Masters of Sex suit le quotidien de deux chercheurs spécialisés dans l’étude des comportements et pratiques sexuelles : le docteur William Masters (incarné par Michael Sheen) et son assistante, Virginia Johnson (Lizzy Caplan). La série, qui est l’adaptation du roman éponyme de Thomas Maier, s’appuie sur une « histoire vraie » : celle, pionnière, de la conquête d’une légitimité scientifique de la part d’un gynécologue passionné et d’une ancienne chanteuse de music-hall féministe dans l’Amérique puritaine des années 1960.
Cette communication propose d’étudier la façon dont Masters of Sex représente mais aussi discute les normes de genre, notamment sur le plan de la sexualité. Il s’agira d’une part d’examiner les modalités selon lesquelles sont mis en scène les rapports de genre dans la série, en particulier sur le plan la sexuation des corps et des pratiques. La trame narrative se prête en effet volontiers à une illustration récurrente des assignations de genre vécues par les personnages diégétiques. Il s’agira d’autre part d’étudier la façon dont la série interroge ces rapports de genre et s’en détache (ce que la distanciation temporelle facilite). Les discours (sexistes, misogynes, discriminants, insultants, etc.) relayés par la série, dont on suppose qu’ils témoignent du climat pesant de l’époque, sont systématiquement replacés, recontextualisés et discutés, notamment par les deux protagonistes qui offrent ainsi aux spectateurs des « clés » pour déconstruire les rapports de genre qui structurent toujours nos sociétés contemporaines.
Qu’il s’agisse de l’exploration des mécanismes physiques du plaisir féminin – qui occupe, sur le plan narratif, une bonne partie de la première saison –, de l’homosexualité, de la domination masculine, des pratiques sexuelles jugées déviantes ou de la sexualité de couple (marié), la série adopte un ton suffisamment féministe et informé pour dénoter dans le paysage télévisuel mainstream, même si plusieurs séries ont récemment introduit une réflexion de ce genre (on peut penser, par exemple, à Girls).
La communication s’appuiera sur l’analyse d’extraits caractéristiques qui permettront d’illustrer la réflexion sur le fond comme sur la forme (traits filmiques récurrents, modalités de mise en scène des corps et des pratiques sexuelles, etc.).