DELAPORTE Chloé, « Dispositifs innovants, consommation créative ? Netflix ou la recommandation des contenus audiovisuels à l’ère de la prescription algorithmique », XXIe congrès de la SFSIC (Société Française des Sciences de l’Information et de la communication) Création, créativité et médiations, Paris (France), 13-16 juin 2018

La généralisation des algorithmes de recommandation dans le secteur des industries culturelles, qui organisent la circulation de biens particulièrement symboliques comme les productions artistiques, entraîne depuis plusieurs années un certain nombre de discours, attentifs sinon inquiets, soutenant l’idée que la prescription algorithmique représenterait un risque pour la diversité culturelle et la « découvrabilité » des productions artistiques, notamment « de niche » et/ou « indépendante ». On peut en effet se demander si les dispositifs de recommandation automatisés n’aboutiraient pas à une uniformisation des pratiques culturelles et à un enfermement dans ses propres habitudes de consommation (c’est l’effet de « bulle » décrit par Eli Pariser). J’adopterai dans cette communication un point de vue plus nuancé, qui, s’il ne cède pas non plus aux discours enthousiastes sur l’empowerment des publics à l’ère des internets collaboratifs, envisage les utilisateurs des plateformes de contenus audiovisuels comme des sujets actifs en capacité de s’approprier les dispositifs de recommandations, voire de les contourner et de les braconner. Dans cette voie, il s’agira d’interroger les notions de « créativité » et d’ « innovation » à partir d’un cas d’étude emprunté au secteur de l’audiovisuel : Netflix, leader mondial (et français) du streaming vidéo par abonnement (ou SVOD : subscription video on demand), qui déclare depuis juillet 2017 posséder plus de 100 millions d’abonnés à travers le monde.