DELAPORTE Chloé, « D’un écran à d’autres : les mutations de la spectature pornophilique », colloque international du Centre d’Études sur les Médias les Technologies et l’Internationalisation (CEMTI, Université Paris 8), D’un écran à l’autre : les mutations du spectateur, Paris (Institut National de l’Audiovisuel), 21-23 mai 2014
L’audiovisuel pornographique se présente comme un terrain privilégié pour l’observation des mutations contemporaines de la posture spectatorielle. Cette communication se propose de les renseigner sous un triple jour. Dans un premier temps, c’est la question de la migration des écrans qui nous intéresse. En effet, plus que de « multiplication » ou de « dispersion », c’est bien d’un déplacement écranique qu’il s’agit ici : les salles de cinéma spécialisées, aux larges écrans collectivisés, ont laissé la place aux postes de télévision, connectés à des chaînes spécialisées ou à un magnétoscope, puis aux micro-ordinateurs, tablettes et Smartphones. Ce remplacement progressif d’un type d’écran par d’autres, a priori plus intimes, invite de nouveaux modes de lecture de la part des spectatrices et spectateurs, qui peuvent maintenant consommer ces images dans des lieux publics, mais à l’abri des regards de tous, comme directement dans leur lit. Nous pouvons imaginer que ces nouveaux usages ont initié la production de nouvelles images, ce que nous voulons, dans le deuxième temps de cette communication, renseigner. On observe, en effet, la popularisation de formes filmiques spécifiques à cette migration écranique, au sein desquelles les adresses au spectateur et les inclusions de celui-ci dans le dispositif filmique se multiplient (récurrence de la caméra subjective, choix de cadrage incitant une identification, brouillage de la frontière entre hors-champ et hors-cadre, etc.). Dans un troisième temps, il nous paraît judicieux d’ouvrir la réflexion à l’imagerie pornographique « amateur », démocratisée par la prolifération de plateformes internet de partage de vidéos, comme YouPorn ou RedTube. L’audiovisuel pornographique se prête bien à ce champ d’investigation car s’y développe tout particulièrement la question du « pro-am », de l’imagerie professionnelle présentée comme « amateur » dans une visée marketing. Ainsi, être spectateur du porno aujourd’hui c’est, souvent, être au moins autant acteur, réalisateur, producteur, éditeur et critique (par le biais des commentaires, « likes » et « dislikes » accolés à chaque vidéo partagée sur une plateforme), ce que cette communication tentera de mettre en lumière.