Enjeux théoriques et politiques de la transdisciplinarité

DELAPORTE Chloé, « Enjeux théoriques et politiques de la transdisciplinarité : faire une thèse en sociologie du cinéma », 2ème journée d’étude doctorale du pôle « Lien social et culturalisation » du Cerlis, On ne nait pas scientifique…, Paris, 17 décembre 2012
Couv On ne naît pas scientifique

En forme de récit d’expérience problématisé, cette communication analyse les enjeux théoriques comme politiques de la transdisciplinarité. Portée au pinacle de l’aboutissement scientifique, revalorisée dernièrement comme l’indice d’une ouverture d’esprit et d’une capacité à articuler différents paradigmes, la transdisciplinarité ne pose pas moins un certain nombre de problèmes à qui s’essaie à la manipuler. Les difficultés se présentent d’abord comme théoriques, puisque assurer la cohésion de différents champs requiert d’agencer des concepts parfois contraires, souvent décalés, comme d’apparier des épistémès variées. Dans notre cas, il s’est agi de créer des liens (ou, tout du moins, de consolider ceux qui avaient pu, sporadiquement, être élaborés par d’autres avant nous) entre la sociologie (des arts et des migrations), les théories de la réception filmique et l’histoire du cinéma ; une visée exhaustive nous amènerait à ajouter un peu de sociologie du travail et quelques soupçons d’esthétique et d’analyse filmique. Loin d’être « simplement » théoriques, ces enjeux se sont vite révélés politiques au cours du parcours doctoral, en tant que les concepts mobilisés renvoient à des disciplines, les disciplines à des sections du Conseil National des Universités (dans le plus heureux des cas) et les sections du CNU à des chapelles idéologiques, contre lesquelles tout/e jeune chercheur/se doit se garder d’entrer en croisade sans quoi il ou elle risque de voir sa carrière (et donc ses recherches) considérablement entravées par ses différends avec tel ou tel microcosme universitaire. Articuler la sociologie, la théorie de la réception filmique et l’histoire du classicisme hollywoodien revenait donc, dans notre cas, à naviguer sur les flots tumultueux d’une mer intérieure bordée par trois sections universitaires différentes : la 18ème (les arts, dont le cinéma), la 19ème (la sociologie) et la 71ème (les sciences de l’information et de la communication). Sans vouloir directement discuter la pertinence des regroupements disciplinaires dans l’université française ou son organisation institutionnelle, cette communication met en lumière la profonde inscription politique – et donc sociale – des recherches doctorales, se dégageant par-là du mythe de la science « pure », décontextualisée, désidéologisée, centrée sur son objet et ne se définissant que par lui. On ne naît pas militant, on le devient, et la posture scientifique invite assurément à cela.