DELAPORTE Chloé, « Frankenstein, une économie du B-movie », colloque international organisé par les laboratoires Telem, Climas, Clare et Forell, Frankenstein intermédiatiques/Intermedial Frankensteins, Bordeaux (France), 18-19 octobre 2018

Depuis 1910, Frankenstein traverse les époques du cinéma, mais aussi ses techniques (du muet avec usage du cache-contre-cache aux effets numériques), ses auteurs (James Whale, Kenneth Branagh) et « presque-auteurs » (Mel Brooks, Terence Fisher, Ishirō Honda, Jesus Franco, Roger Corman), ses médias (le cinéma, la télévision, l’internet), ses stars (Colin Clive, Boris Karloff, Gene Wilder, Sting, Peter Cushing, Robert de Niro, Jean Rochefort, Daniel Radcliffe), ses genres (fantastique, parodie, science-fiction, kaijū eiga, drame historique, teen-movie, érotique, gore, horreur, comédie, monster rally) et ses dispositifs de production (majors hollywoodiennes et nippones, studios de la poverty row, indépendants). Dans cette apparente diversité, certains éléments semblent pourtant invariants, comme la propension du mythe à s’illustrer essentiellement au sein des franges pauvres de la production filmique, et ce partout à travers le monde. De la série B des années 1930 et 1940 aux films d’exploitation des années 1950, 1960 et 1970, des films en DTV (direct to video) des années 1980 et 1990 aux téléfilms et autoproductions des années 2000 et 2010, Frankenstein traverse en effet les cinémas désargentés. Cette communication propose d’apporter un éclairage socio-économique sur la carrière écranique de Frankenstein, dans une perspective diachronique et internationale. L’appartenance aux cultures dites « populaires » et la dimension fantastique ne suffisant pas à expliquer la pauvreté des budgets des adaptations filmiques de Frankenstein (en témoigne, par exemple, les carrières cinématographiques de figures vampiriques comme Dracula), il s’agira de réfléchir aux raisons qui cantonnent le mythe Frankenstein aux marginalités filmiques et limitent son accession aux franges nobles et, par-là, fortunées, de la production de contenus cinématographiques et audiovisuels.