DELAPORTE Chloé, « Frontière atlantique, frontière générique : le cas des réalisateurs européens à Hollywood », 16ème colloque international de la SERCIA (Société d’Études et de Recherches sur le Cinéma Anglophone), Cinema and the Crossing of Frontiers, Bath, 8-10 septembre 2011
Nous présentons dans cette communication un cas d’étude, constitué par la présence de réalisateurs de cinéma d’origine européenne à Hollywood durant l’âge classique. Expatriés pour des raisons professionnelles et artistiques (citons ici Louis J. Gasnier, Otto Preminger, Laslo Benedek, Ernst Lubitsch ou Lewis Milestone) ou en raison de motifs ethniques et politiques liés à la montée du nazisme en Europe dans les années 1930 (citons alors Curtis Bernhardt, Henry Koster, Fritz Lang, Billy Wilder ou Max Nosseck), ces réalisateurs ont connu des carrières extrêmement différentes aux États-Unis, dont nous pouvons constater qu’elles sont directement conditionnées par leur expérience de la migration. Cette communication se propose ainsi, dans un premier temps, de caractériser les différentes modalités intégratives de ces réalisateurs aux États-Unis, soit le passage de leur « frontière atlantique ». Parce que les cinéastes ont été confrontés, dès leur arrivée, à une industrie cinématographique au moins autant structurée par le studio system que par la catégorisation de la production en « genres », nous proposons de nous concentrer sur un autre aspect de ce transfert culturel, consistant en le passage de ces réalisateurs d’une « frontière générique ». En effet, la découverte, l’appréhension puis l’appropriation des genres classiques américains par les cinéastes d’origine européenne se révèle particulièrement intéressante pour le sociologue et l’historien du cinéma. Parce que tous les genres n’ont pas été plébiscités de la même manière par les cinéastes, que certains, comme le western, la comedy ou le biopic par exemple, semblent jouer un rôle spécifique dans leur intégration professionnelle à Hollywood – en cela qu’ils sont socialement associés à une culture que l’on dit « typiquement américaine » –, il nous semble pertinent d’examiner le rapport singulier entre ces cinéastes et les genres classiques hollywoodiens.