Hiérarchies sociales, hiérarchies cinéphiliques

DELAPORTE Chloé, « Hiérarchies sociales, hiérarchies cinéphiliques : penser les genres cinématographiques comme registres émotionnels », congrès 2014 de l’AFECCAV, Penser les émotions : cinéma et audiovisuel, Lyon, 3-5 juillet 2014
Congrès AFECCAV 2014 - Affiche

Cette communication propose d’envisager les genres cinématographiques comme construits sur autant de registres émotionnels. Le « genre » est ici mobilisé comme catégorie de l’interprétation et non comme forme ontologique, dans une perspective pragmatique, ce qui offre la possibilité de considérer les différentes cartographies génériques mobilisées par les acteurs du champ audiovisuel (réalisateurs, producteurs, spectateurs, etc.) comme autant d’ « instantanés » sur la valeur et la réputation sociale de ces émotions. Observant l’existence de hiérarchies entre les genres filmiques, on peut se demander si ces hiérarchies ne renvoient pas à une plus large hiérarchisation des émotions que certains genres cherchent à susciter. Ainsi, la moindre légitimité de genres comme l’horreur ou l’érotique, mise à jour régulièrement par des enquêtes de réception, serait-elle conséquente de la moindre légitimité sociale des émotions comme la peur et l’excitation sexuelle. Plus, cette hiérarchisation semble renvoyer également à de plus amples rapports de domination, notamment genrés. Plusieurs travaux sur le lien entre genre et gender ont mis en lumière la réception genrée de certains genres filmiques, certains étant régulièrement dépréciés car associés à un public exclusivement féminin (la romance par exemple). Les émotions étant elles-mêmes socialement assignées à des identités de genre spécifiques (l’empathie pour les femmes, la colère pour les hommes), il devient intéressant de se demander si les hiérarchies entre genres filmiques ne dépendraient pas, aussi, d’un rapport genré aux émotions. Par l’analyse du genre cinématographique comme stigmate de la construction sociale d’un registre émotionnel, cette communication a plus largement vocation à renseigner les processus de catégorisation sociale via les normes socio-esthétiques qui régissent les mondes de l’art.