DELAPORTE Chloé, « Le spectateur intime : les enquêtes de réception et leurs représentations métafilmiques dans le cinéma hollywoodien classique », 17ème colloque international de la SERCIA, Cinéma de l’intime et/ou intimité du cinéma dans le film anglophone, Dijon, 5-7 septembre 2012

Il n’est pas si récent que les universitaires s’intéressent de près aux pratiques spectatorielles. Le champ des Reception studies, en plein essor depuis les travaux de Janet Staiger, s’appuie sur un certain nombre d’enquêtes postérieures, réalisées durant l’âge classique du cinéma américain. Souvent menées par des sociologues dans le cadre de contrats privés pour les majors, ces enquêtes de réception pionnières ont établi une profonde intimité entre les spectateurs et les producteurs. Cette communication veut examiner cette intimité des liens entre les deux communautés, en combinant l’étude de ces enquêtes à leur représentation filmique. Il s’agit, d’une part, de présenter les conclusions majeures des travaux de Paul Lazarsfeld, Ernest Borneman, George Gallup et Leo Handel sur les goûts et inclinations cinématographiques des spectateurs états-uniens. Le sondage extrêmement précis réalisé par Handel en 1942 pour le Motion Picture Research Bureau fournit des indications intimes sur les affinités des spectateurs avec les stars, les genres, les réalisateurs… D’autre part, il convient de s’interroger sur les représentations filmiques de ces enquêtes et, plus largement, sur la mise en scène des spectateurs de cinéma dans les films classiques. Un genre singulier se prête particulièrement bien à l’analyse : le backstage film, ou métafilm. L’étude de séquences extraites de What Price Hollywood ? (Cukor, 1932), Hollywood, Hollywood (Schertzinger, 1936) ou encore The Bad and the Beautiful (Minelli, 1952) permet d’examiner les effets de cette mise en scène de l’intime.