DELAPORTE Chloé, « Biopics, westerns et screwball comedies : les genres cinématographiques comme actes interprétatifs », colloque de sociologie L’acte interprétatif, Lyon, 4-6 avril 2012
Cette communication étudie un acte interprétatif en particulier : la catégorisation en genres du cinéma. Appui est pris sur l’étude d’une cinématographie au moins autant organisée par le studio system que par les catégories génériques : le cinéma classique hollywoodien. Caractériser génériquement une œuvre (ici, un film) est un acte interprétatif singulier, qui repose sur la mobilisation d’un certain nombre de codes normatifs. Dans un premier temps, il s’agit de présenter le processus générique en soi comme un acte interprétatif et de proposer une définition du genre cinématographique à travers ce prisme. Cette posture, résolument pragmatique, invite à considérer le genre comme un processus dynamique, dans la lignée des travaux fondateurs initiés par Rick Altman. La notion de « genrification » se présente alors comme un outil heuristique, induisant le caractère mouvant de la construction générique et sa perpétuelle reconfiguration. Ici, les travaux de Janet Staiger et plus généralement le champ des reception studies peuvent à juste titre être convoqués, apportant un éclairage assurément complémentaire à ces questions. Dans un second temps, il convient de mettre en lumière un élément particulièrement sensible à l’analyse des genres cinématographiques : la non-réductibilité de l’acte interprétatif à la rencontre de l’œuvre et d’un public. En effet, l’approche des phénomènes de genrification à Hollywood nous amène à considérer que la sémiotisation générique, acte interprétatif, intervient bien avant la sortie des films. C’est dès sa naissance, sa simple prévision, qu’un projet de film est investit d’une aura générique. Un western n’est pas un western seulement parce que les spectateurs l’interprètent comme tel, mais bien parce qu’il a été pensé, écrit, scénarisé, conçu, décoré, joué, tourné, musicalement accompagné, produit, etc. comme un western ; les acteurs sont génériquement dédiés et spécialisés (formatés, dirait Steve Neale), au moins autant que les scénaristes, chef-opérateurs ou maisons de production. En postulant pour une approche pragmatique du genre cinématographique et en démontrant la permanence de la sémiotisation générique dans la production des films, cette communication tend plus largement à démontrer que le créateur est, de facto, interprète, et que la dynamique d’interprétation ne saurait être résumée à une interaction œuvre/public, cette dernière se présentant simplement comme l’une des opérations de sémiotisation des objets symboliques.