DELAPORTE Chloé, « Mobilité contrainte, identité forcée », 8° Colloque du RT 22 de l’AISLF Mobilités Spatiales, Fluidités Sociales (MSFS), Mobilités, identités, altérités, Rennes (France), 13-14 mars 2008
Adoptant pour postulat le fait que contraindre un individu ou un groupe à la mobilité crée une rupture dans la construction identitaire de ce ou ces dernier(s), nous argumenterons dans cette communication l’idée d’’identité du transfert. En effet, si la mobilité implique des « remaniements identitaires », elle peut également, particulièrement lorsqu’elle est contrainte, forcer le processus et développer chez les individus ou le groupe un nouveau palier identitaire, une identification aux autres « transférés ». Plus qu’un attachement ou qu’une identification aux groupes sociaux du lieu d’origine ou du lieu d’accueil, l’individu transféré s’identifie à ceux qui sont dans la même situation sociale de transfert. Mais peut-on pour autant parler d’une communauté ? S’agit-il d’une communauté de facto, désignée comme telle par les institutions ou « les autres » (par exemple « la communauté » des voyageurs franciliens, catégorie perméable qui trouve aujourd’hui son essor journalistique), ou d’un groupe qui a ses codes, ses normes et ses marques d’identification ? En effet, la communauté n’existe que s’il y a désir et mise en place de pratiques communes (la création de clubs, l’auto-désignation comme appartenant à un groupe, etc.). La mobilité contrainte, au sens où nous l’entendons dans cette communication (regroupant alors tant les transferts pour raisons politiques ou ethniques, comme l’exil, que ceux relevants de facteurs économiques comme le transport quotidien pour se rendre à son lieu de travail), est alors directement adjuvante de la construction identitaire de l’individu. Cette dernière se doit-elle d’être « accompagnée », « aidée » par l’agent contraignant ou les acteurs de cette mobilité (l’Etat ou le gouvernement dans le cas de l’exil, les structures d’encadrement du transport de voyageurs ou les employeurs dans le cas des voyages quotidiens professionnels), en encourageant le sentiment communautaire lié à la mobilité quotidienne ? Si la contrainte crée la rupture identitaire, faut-il encourager le sentiment d’identification aux autres « mobiliens » afin de créer une sécurisation identitaire dans ce contexte d’ « affaiblissement des appartenances » ou au contraire tendre à d’autres identifications (celle aux groupes sociaux d’accueil pour favoriser une bonne « intégration ») ?