DELAPORTE Chloé, « Pour une sociologie des œuvres dans l’analyse des transferts culturels », 1° forum de Sociologie de l’International Sociological Association (ISA), Barcelone, 5-8 septembre 2008

Cette communication a pour but de réaffirmer la légitimité des sociologues des arts et de la culture à travailler directement sur les œuvres, notamment dans l’analyse des phénomènes d’hybridation et de transfert culturels. Un retour sur les théories initiant et nourrissant la sociologisation des œuvres, définissant par-là des fondements épistémologiques, nous permettra dans un premier temps d’exalter le caractère heuristique de l’analyse des œuvres dans notre discipline. En effet, l’analyse sociologique des œuvres – parce qu’elle porte sur un système de « réflexion » plus que de simple « représentation » – est un outil nécessaire à la bonne appréhension de certains phénomènes d’hybridation culturelle (terme que nous préférons de beaucoup à celui « d’acculturation »). Un phénomène social particulier sera pris pour exemple d’objet d’étude : la migration des cinéastes européens aux États-Unis au début du XXème siècle, qui relève de motifs tant économiques qu’ethniques et politiques. Une analyse pragmatique de ce flux migratoire spécifique ne saurait se passer d’une approche microsociologique et interne des œuvres issues de ce phénomène social. De façon abductive, c’est l’analyse des films américains de Billy Wilder qui permet aux chercheurs d’interpréter les conditions du transfert du cinéaste d’origine autrichienne, pistes de réflexions qui entrent ensuite en résonance avec une réalité sociale approchée grâce à des outils scientifiques plus « traditionnels », comme la sociologie de terrain. Nous orienterons alors pour conclure la sociologie des œuvres vers une définition en termes de « méthode » plus que de « discipline ».