DELAPORTE Chloé (2013), « Analyse filmique et porno 2.0 », Nonfiction.fr, le quotidien des livres et des idées [en ligne], dossier « Penser le porno« (publication conjointe des pôles Cinéma et Gender)

S’il est un monde filmique qui a accompagné sinon conditionné les évolutions technologiques qu’ont connu les industries culturelles, c’est bien celui du porno. Véritable killer application lors de la commercialisation des premiers magnétoscopes au milieu des années 1970, produit d’appel, en France, pour le minitel ou les abonnements à la chaîne payante Canal + dans les années 1980 et 1990, le porno a suivi toutes les grandes mutations du marché audiovisuel. Plus récemment, la démultiplication et la diversification des écrans comme l’essor du Web 2.0 depuis le milieu des années 2000 ont invité le déploiement de nouvelles images pornographiques. La dimension collaborative du Web 2.0 a été largement investie par les internautes, restaurant par-là les lettres de noblesse d’antan du « porno amateur », dissoutes au cours des années 1990 dans l’ère du « porno pro », largement WASP, hétéronormé et épilé, diffusé à grand renfort d’éditions DVD par les industries nord-américaines et allemandes. L’imagerie amateur produite aujourd’hui, sans s’exclure d’un système normatif, promeut peut-être une plus grande diversité de modèles : ils sont au cœur des porn studies, dont on ne peut que saluer le développement récent en France, et intéressent de plus en plus les milieux intellectuels et universitaires.