De Dr. Jekyll à Mr. Hyde

DELAPORTE Chloé (2014), « De Dr. Jekyll à Mr. Hyde : esthétique(s) de l’hallucination chez Rouben Mamoulian et Victor Fleming », Ligeia, dossiers sur l’art, n°129-132, janvier-juin 2014, p. 114-124
Couv Ligeia Le rêve au cinéma

Si l’hallucination filmique navigue sur les flots de certaines avant-gardes picturales européennes des années 1910-1920, elle présente cependant des caractéristiques spécifiquement cinématographiques que je propose ici d’étudier, au travers de deux films hollywoodiens classiques à rapprocher du genre fantastique : Dr. Jekyll and Mr. Hyde, réalisé en 1931 par le cinéaste d’origine arménienne Rouben Mamoulian pour la Paramount, et Dr. Jekyll and Mr. Hyde, remake homonymique du premier, réalisé par Victor Fleming en 1941 pour la MGM. La représentation de l’hallucination en art « appelant » la question de la subjectivité, ce texte prête une attention particulière aux procédés de transcription du subjectif dans les deux films. Dans un premier temps, les séquences hallucinatoires sont analysées dans leur rapport au motif plus général de la métamorphose. Ensuite, l’étude de l’usage que fait Mamoulian de la caméra subjective et du désusage qu’en fait Fleming dix ans plus tard offre une singularisation des postures des deux auteurs. L’analyse des permanences figurales dans les séquences hallucinatoires des deux films permet enfin de dessiner les contours d’une « esthétique de l’hallucination ». La théorie psychanalytique est évoquée afin de mettre à jour certains procédés narratifs de subjectivation des hallucinations, en particulier dans l’œuvre de Fleming.