Genres vs auteurs

DELAPORTE Chloé (2015), « Genres vs auteurs : lutte des classes et choix stratégiques en études cinématographiques », dans ABLALI Driss, BADIR Sémir et DUCARD Dominique (dir.), En tous genres. Normes, textes, médiations, L’Harmattan-Academia (coll. « Sciences du langage – Carrefours et points de vue), p. 101-114
Couverture En tous genres

Porté au pinacle des études cinématographiques par la tradition critique et universitaire dominante, l’ « auteur » se présente encore aujourd’hui comme le critère ultime d’analyse des objets filmiques. En raison de ses accointances avec un cinéma que l’on voudrait non commercial, non industriel et dégagé de toute contrainte économique, la notion d’auteur est fréquemment opposée à celle de « genre », paramètre de classification concurrent en études cinématographiques, car mobilisé lui aussi pour décrire, organiser et analyser un corpus filmique. Le genre, parce que largement associé à une cinématographie populaire et hollywoodienne, bien que le cinéma français y ait été perméable, souffre encore aujourd’hui d’une moindre légitimité en tant que catégorie d’analyse, susceptible d’être convoquée par les chercheurs pour penser les objets audiovisuels.

Cet article n’a pas pour ambition de retracer l’histoire des guerres picrocholines entre les notions de genre et d’auteur, non plus que d’en faire la théorie, ce que plusieurs auteurs se sont donnés pour objectif. Il s’agit en revanche de démontrer la pertinence de l’interprétation selon les genres dans un cadre précis : une recherche personnelle sur les œuvres et trajectoires des réalisateurs européens expatriés à Hollywood durant l’âge classique du cinéma américain. Alors que l’imposante filmographie des « Européens à Hollywood » semble prédisposée à une approche par le prisme des « auteurs » – en témoigne le nombre imposant de monographies sur certains des réalisateurs concernés –, nous avons fait le choix d’analyser le corpus filmique par le biais d’une médiation générique. Loin de contraindre l’enquête ou de restreindre ses résultats à une portion congrue, l’interprétation selon les genres s’est révélée particulièrement heuristique, faisant émerger des éléments jusque-là inconnus sur l’œuvre des cinéastes étudiés.