DELAPORTE Chloé (2024), « La compétitivité comme norme festivalière ou pourquoi les festivals de cinéma décernent-ils des prix », dans J. AMIOT-GUILLOUET, P. FEENSTRA et J. SAVELLI (dir.), Films, festivals et mondes contemporains : pour une anthropologie du visuel, Lausanne, Peter Lang, p. 97-109
Si la fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle composent un climat propice au développement d’une « culture de la récompense » où la dimension compétitive constitue une norme de l’organisation du monde social et de la structuration des champs de production culturelle, la dimension compétitive d’un festival ne saurait s’expliquer uniquement par ce déploiement, non exclusif aux champs culturels, d’autant qu’elle est rarement recherchée pour elle-même par les organisateurs et organisatrices de festivals. Au contraire, même, elle relèverait d’une forme de « nécessité ». Si une telle proportion de festivals fait le choix d’une modalité compétitive, c’est parfois pour se présenter aux autres comme un « vrai » festival, mais aussi, souvent, parce que décerner des prix sert d’autres intérêts que la seule valorisation d’un film, à laquelle peut a priori suffire le fait d’être sélectionné en festival. À partir des données récoltées au cours d’une enquête socioéconomique sur les prix français du cinéma, de la télévision et de l’audiovisuel, qui repose sur des entretiens avec des professionnels de l’économie festivalière et des observations ethnographiques de remises de prix, cet article examine les motivations compétitives des cultures festivalières contemporaines, autour de quatre fonctions indirectes que remplissent les prix festivaliers : capter les films, promouvoir les partenaires, consolider un réseau et former les jurés.