Le faux coupable

DELAPORTE Chloé (2012), « Le faux coupable dans le cinéma classique américain. De la persistance de cette figure dans les films d’Hitchcock et Lang », dans CHAUVAUD Frédéric, GARDES Jean-Claude, MONCELET Christian et VERNOIS Solange (dir.), Boucs émissaires, têtes de Turcs et souffre-douleur, Presses Universitaires de Rennes (coll. « Essais »), p. 287-296
Couv Boucs émissaires

Approché ici à travers le personnage du « faux coupable », de l’accusé à tort, l’archétype du bouc émissaire est une figure majeure de la cinématographie classique états-unienne. Incarnée dans des genres distincts (film noir et policier, mais également film fantastique, mélodrame, film d’aventure ou encore western), elle constitue la base narrative de nombreux films. La récurrence de cette figure dans le cinéma classique américain nous invite à réfléchir sur ses qualités structurelles et conjoncturelles. Les raisons de son succès sont en premier lieu à rechercher parmi les modalités narratives permises (cet archétype permet de conduire et guider une intrigue, en développant un attachement fort du spectateur pour le personnage et en appelant un positionnement de sa part), mais la situation sociopolitique contemporaine semble également avoir joué un rôle dans cette persistance. Dans cette deuxième voie, nous pouvons ainsi nous interroger sur la surreprésentation de la figure du faux coupable dans les films réalisés à Hollywood par des cinéastes étrangers, notamment les Européens expatriés. Le lien entre réalisateurs exilés (donc souffrant d’un statut social particulier aux États-Unis et ayant bien souvent éprouvé cette position de mal-aimé), et la prégnance du personnage du faux coupable dans leurs films semble en effet trop important pour ne pas être questionné. Envisagée comme allégorie de la position sociale particulière de ces expatriés au sein de la société américaine, ayant vécu différentes phases de « soupçons » (devoir se désolidariser de l’Allemagne nazie lors de leur arrivée dans les années 1930 et justifier, plus tard, leur engagement politique pendant le maccarthysme), la figure du faux coupable constitue ainsi un objet d’étude directement sociologique, sujet de cette contribution. Nous allons donc nous attacher ici à présenter cette figure archétypale au travers d’analyses de films spécifiques, nourries par une contextualisation sociohistorique orientée par l’exil des réalisateurs. Deux réalisateurs dans les films desquels la figure du faux coupable occupe une place significative seront pris pour exemple : Alfred Hitchcock et Fritz Lang.