DELAPORTE Chloé (2014), « Entre stock shot et found footage : les archives à l’épreuve dans Cinéman », dans PISANO Giusy (dir.), L’archive-forme. Création, Mémoire, Histoire, Paris, L’Harmattan (coll. « Champs visuels »), p. 127-135

Le plus souvent associée à un cinéma d’avant-garde, expérimental, en marge des circuits de masse, la pratique du found-footage déborde pourtant fréquemment ce cadre. L’emprunt de plans à des films antérieurs, archivés, est ainsi une pratique courante à Hollywood durant l’ère classique. Elle revêt en premier lieu un intérêt économique : il est plus aisé et moins onéreux de réutiliser des plans plutôt que d’en tourner de nouveaux, notamment lorsque ceux-ci requièrent une infrastructure lourde (figurants, décors, costumes, effets spéciaux, etc.). Cet usage du stock shot peut se faire au sein d’un même film, ou d’un même studio. Ceci est, logiquement, très fréquent chez les sociétés de la « Poverty Row », spécialisées dans la production de B-movies aux maigres budgets, et, conséquemment, au sein des œuvres à rapprocher de genres populaires et dépréciés, comme la science-fiction ou le film d’horreur. Entre expérimentation esthétique d’une part (found-footage version avant-gardiste) et intérêt économique d’autre part (stock shot), le found-footage n’est donc assurément pas une forme homogène, d’autant que les œuvres consistant techniquement en des found-footage se revendiquent soit de l’argument esthétique soit de l’argument économique et empruntent généralement l’une des deux voies de façon exclusive. Certaines œuvres se situent pourtant à la rencontre de ces deux arguments. Nous prendrons ici pour objet un film de fiction mainstream en forme de found-footage : Cinéman, un long métrage français sorti en salles en 2009. Le réalisateur, Yann Moix, y recourt à des archives de formes et de natures extrêmement variées, dont on peut interroger la fonction et la valeur en termes esthétiques comme économiques. Cet article a pour but de caractériser cette forme contemporaine de found-footage, mais aussi et surtout d’examiner précisément les usages qui sont fait de ces stock shots, interrogeant, par-là, la construction d’un document visuel ou sonore en archive.